L'Institut à Kalamazoo 2012
En mai 2012, l'Institut reviendra à Kalamazoo, mais dans une formule différente. En effet, afin d'éviter que notre séance coïncide avec celles regroupées sous l'étiquette "Musicology at Kalamazoo", nous avons cherché à unir nos forces. Les responsables ont eu l'amabilité d'inclure à leur programmation notre séance intitutée Regional Musical Practices et à laquelle participeront trois chercheurs dont les noms seront familiers à ceux et celles qui ont assisté à notre dernier colloque à Halifax. La séance comprendra les communications suivantes :
"The Sarum Mass for the Ascension", par William Renwick ;
"Beneventan Chant and the Feast of the Ascension in the Middle Ages", par Bibiana Gattozzi ;
et "Dominican Mass Chants for the Ascension", par le frère Innocent Smith, o.p..
Au cours de cette même séance, notre collègue Jean-Pierre Noiseux dirigera une prestation de quelques-uns des chants dont traiteront nos trois conférenciers.
Compte-rendu du
Sixième colloque annuel de l'Institut grégorien du Canada
4 au 7 août 2011
Université Dalhousie
Halifax, Nouvelle-Écosse
PLAIN-CHANT : L'ANCIEN ET LE NOUVEAU

Antiphonaire de Salzinnes, 1554, folio 2r, l'Annonciation
Saint Mary's University, Halifax, Nouvelle-Écosse(Photo : Judith E. Dietz)
Le sixième colloque annuel de l'Institut grégorien du Canada s'est tenu l'été dernier à l'Université Dalhousie d'Halifax, Nouvelle-Écosse. C'est l'Antiphonaire de Salzinnes, un livre de chant cistercien provenant de la région de Namur en Belgique et appartenant maintenant à l'Université Saint Mary's à Halifax, qui inspira le choix du thème de ce week-end de quatre jours truffé de conférences et d'ateliers.
Déjà le jeudi matin, avant même que les participants ne commencent à arriver, une petite équipe de télévision du réseau CBC filmait les membres du University of King's College Chapel Choir, leur directeur Paul Halley, des membres de la direction de l'Institut grégorien et nos quatre aides étudiants (Maria, Meredith, Katrina et Ryan), les uns répétant leurs pièces en vue du concert, les autres rassemblant le matériel à distribuer aux participants, confectionnant des écriteaux, faisant des photocopies ou allant et venant en courant dans le couloir.
Pour moi, ce colloque comporta plusieurs faits saillants, en commençant par la soirée d'ouverture qui comprenait un atelier des plus inspirants dirigé par l'extraordinaire chanteuse et pédagogue Susan Hellauer, membre du célèbre ensemble Anonymus 4, et qui se termina par le chant de l'office de Complies dans le jardin intérieur de sculptures du Dalhousie Arts Centre.
Le Vendredi, afin de mettre en valeur l'Antiphonaire de Salzinnes, une tranche d'horaire était exclusivement réservée à une conférence consacrée au manuscrit lui-même et présentée conjointement par Judith E. Dietz de la Art Gallery of Nova Scotia et par Sherry Guild de l'Institut canadien de conservation. Les auditeurs ont ainsi pu découvrir les fascinants résultats de plusieurs années d'études de ce document historique qu'est l'Antiphonaire, lequel fut rédigé à la main à l'époque de l'imprimerie. Comme l'a expliqué Dietz, ce manuscrit a vraisemblablement été amené à Halifax au XIXe siècle par l'évêque William Walsh, avec de nombreux autres objets religieux qu'il avait achetés pour sa « mission » du Nouveau-monde. Dans les années 1970, le livre a été retrouvé dans le grenier de la résidence épiscopale et donné à l'Université catholique Saint Mary's. Son existence fut pratiquement ignorée jusqu'à il y a une dizaine d'années, soit au moment où Dietz commença à travailler sur le manuscrit afin d'en déterminer la provenance pour ensuite réussir à le faire analyser scientifiquement (identification des pigments, etc.) et restaurer par l'Institut canadien de conservation à Ottawa.
L'Antiphonaire de Salzinnes fut davantage mis en valeur lors du concert du vendredi soir magnifiquement interprété, sous la direction de Paul Halley (compositeur, chef et interprète récipiendaire de cinq trophées Grammy), par le University of King's College Chapel Choir d'Halifax. Le programme comprenait des extraits de l'Antiphonaire consacrés à saint Hubert et à saint Roch, ainsi qu'à la Vierge Marie, et auxquels s'ajoutaient d'autres œuvres de plain-chant «tardif» d'Hildegarde de Bingen (XIIe siècle) et de son confrère bénédictin Hermannus Contractus (XIe siècle). Le public a également pu apprécier quelques œuvres polyphoniques, dont des motets du XVIe siècle du compositeur franco-flamand Rolland de Lassus (connu également sous le nom d'Orlando di Lasso). Les trois motets au programme provenaient tous du tout premier recueil d'œuvres de Lassus à avoir été publié, ceci dans un volume imprimé à Anvers – soit à peine à 90 kilomètres de l'abbaye de Salzinnes –, en 1555, année où la rédaction de l'Antiphonaire de Salzinnes fut complétée. Au grand plaisir de tous, la ville d'Halifax a démontré beaucoup d'enthousiasme pour le plain-chant puisque qu'entre 250 et 300 personnes ont assisté au concert.
Afin d'aider à contextualiser l'Antiphonaire, des conférences et des ateliers, placés sous le thème du colloque – Plain-chant : L'ancien et le nouveau – ont abordé diverses questions en lien avec le manuscrit. Les communications portaient sur des sujets tels que : les traces de répertoires anciens dans des recueils plus récents (Hoefener, Maiello et Gattozzi) ; les répertoires tardifs de plain-chant (Swanson, Bennett, Saucier, Helsen et Parcianello) ; l'accueil réservé au plain-chant médiéval au début et durant la période moderne (Smith et Bain) ; les anciennes hypothèses et les nouvelles méthodologies (Yampolsky, Morrissey, Helsen, Lacoste et Macrae) ; et les livres de chant européens en Amérique du Nord (Dietz, Guild et Sewright). Les séances musicologiques étaient complétées par une série de trois autres ateliers animés par Susan Hellauer, dont un atelier sur le plain-chant tardif d'Hildegarde de Bingen, par un atelier-conférence sur la Messe Bordeloise selon un manuscrit montréalais de la fin du XVIIIe siècle (Noiseux) et enfin, par deux ateliers sur la pratique contemporaine du plain-chant dans la liturgie (Hall et Malton). Les participants – tant les musicologues que les praticiens (incluant les membres dévoués d'un groupe local de chant grégorien) et des membres du chœur de la chapelle – ont répété tout au long du colloque, sous la direction de William Renwick, le répertoire médiéval des chants d'une messe selon le rite de Sarum en prévision d'un service liturgique qui fut présidé, le dimanche matin, par le père Gary Thorne, à la chapelle de l'Université de King's College.
La journée du samedi fut marquée par deux autres faits saillants. D'abord, une conférence plénière de Margot Fassler, auteure maintes fois primée, qui a publié quatre ouvrages et un nombre impressionnants d'articles scientifiques, et qui a récemment été nommée professeure d'histoire de la musique et de liturgie à l'Université Notre-Dame, un poste pourvu de la dotation Keough-Hesburgh. En début d'après-midi, notre invitée de marque nous a en effet présenté, dans le style énergique et vibrant qui la caractérise, son Alleluia Project. Ensuite, à 18h45, par un splendide début de soirée ensoleillé, nous sommes tous montés à bord d'un autobus scolaire pour nous diriger vers le charmant petit port de Hubbards, en chantant le plain-chant de l'hymne national acadien, Ave maris stella, transcrit pour l'occasion à partir de l'Antiphonaire de Salzinnes, prélude au banquet que nous allions déguster une fois à destination. Comme l'écrivait mon mari sur Facebook : «Vous n'avez jamais véritablement entendu de plain-chant jusqu'à ce que vous l'ayez entendu chanter à bord d'un autobus scolaire, en route vers un souper de homard.»
Jennifer Bain, Université Dalhousie

Les participants au souper de homard (Photo : William Renwick)
PROGRAMME DU COLLOQUE (PDF)